Fil d’Ariane

Parler de soi et de son travail n’est pas chose facile; Surtout quand soi même on est surpris de ce langage possible.

La liberté d’un travail sensitif, de me laisser inspirer et porter par la matière, les émotions est fondamentale dans ma pratique. Ma pièce est terminée lorsqu’il y a une évidence, une résonance.

Ce corps à corps avec la matière est un corps à corps bienveillant; Parfois la matière me guide, parfois c’est moi qui l’emmène… : c’est un temps d’intimité entre le textile et moi ; Une conversation. Avec la sensation que mes mains me montrent le chemin et m’aident à prendre conscience du sentiment exprimé.

Ce besoin d’une bulle, d’une certaine solitude me permet d’y être réceptive ;  Ces gestes répétitifs, proches d’un rituel de méditation, sont autant de gestes apaisants et une façon de se retrouver, de s’entendre pour créer; Un refuge devenu un besoin …

J’aime l’idée de détourner des matériaux qui ont une toute autre utilité, des matériaux du réemploi… Ils me permettent de m’ouvrir à d’autres possibles, pour finalement les révéler au grand jour dans les sculptures. J’aime être réceptive à l’accident, la fragilité ou la force du textile utilisé. J’aime l’idée de ne pas tout maîtriser, de me laisser porter et surprendre…

Le fil est le lien visible ou invisible qui tient les plis. Ces petits points utilisés sont un processus simple mais qui, liés à la matière, peut offrir un visuel plus complexe ; C’est un cheminement avec la matière, elle peut ainsi devenir dense, compacte, élargie ou aérée…

Le métal fait partie intégrante de certaines de mes sculptures ; Mon travail textile est cousu et monté dessus, sa souplesse faisant corps avec cette matière. Je la vis comme une colonne vertébrale qui vient soutenir cette sensibilité. C’est une protection, une façon de se présenter sans être totalement à nu.

Le point d’ancrage de ce matièrage est un travail instinctif, sensitif qui me ramène toujours vers l’organique, au végétal… Il n’a pas pour volonté première de les copier mais il y vient comme une façon de sublimer des sentiments, d’apprivoiser un jardin d’intérieur.

J’aime l’idée de créer un microcosme dans lequel on peut se balader ; Une promenade au cœur de la matière qui reflète des paysages imaginaires… A chacun de s’y perdre.

Le pli est devenu pour moi comme une écriture et la main le sismographe de mes émotions.